lundi 23 décembre 2013

"Melancholia" : Lars von Trier ramène la mélancolie sur terre



 Le film est divisé en trois parties. Un prologue, assez court, nous plonge donc directement dans l'ambiance du film avec des plans d'une beauté déconcertante (les images sont toutes plus ou moins reprises dans la bande-annonce avec la même musique). Moi qui avait adoré la scène d'ultra-ralenti d'Antichrist, j'ai été franchement servi par ces premières minutes de dingue. On n'a pas l'habitude de voir ça, et rien que pour ça Lars von Trier mérite les honneurs car c'est véritablement de l'art. Le plan d'ouverture est centré sur le visage de Kirsten Dunst (formidable actrice en passant), puis s'enchaînent divers plans de fou qui rappellent certaines scènes d'Antichrist avec tout ce côté sombre, déprimant, très étrange. Etrange est l'adjectif qui convient le mieux.




Puis le film change un peu de ton et redevient plus "normal". Il est alors composé de deux chapitres : "Justine" (Kirsten Dunst) et "Claire" (Charlotte Gainsbourg), qui sont les deux soeurs dont il est question dans le film. Melancholia traite beaucoup de la relation entre ces deux jeunes femmes, leurs différences et leurs caractères. Les bons rôles sont laissés aux femmes, les hommes étant ici lâches, alcooliques, faibles et ne présentant quasiment aucun intérêt. C'est tellement peu fréquent dans le monde du cinéma de voir un réalisateur miser autant sur ses actrices qu'il est important de le souligner. L'histoire de la planète qui s'approche dangereusement de la Terre est presque occultée par la relation entre les deux soeurs, ou plus précisément elle ne fait que la compléter. Le lien entre les deux planètes et les deux soeurs est évident, Justine étant terriblement instable, lunatique, sombrant dans la déprime et la mélancolie, nom que porte également la planète qui menace la Terre. Je ne compte pas faire une étude psychologique des personnages mais ils sont vraiment intéressants, notamment cette dualité entre Justine et Claire qui ne réagissent absolument pas de la même façon à l'éventuelle fin du monde. J'ai beaucoup aimé la partie où Justine dévoile à sa soeur l'immense pessimisme qu'elle éprouve à l'égard de la race humaine, on sent que Lars von Trier partage ce point de vue et ça fait presque peur. Ce personnage, Justine, est vraiment très particulier, étrange et mystérieux, dont l'humeur va évoluer positivement avec l'arrivée de la planète, celle-ci ayant un effet guérisseur sur son caractère contrairement à Claire qui, elle, se met à faire des crises d'angoisse.




La première partie est donc consacrée à Justine et ne fait que nous montrer l'instabilité du personnage, qui semble ne se soucier de personne et chute régulièrement dans une espèce de mélancolie profonde et dangereuse. Destructrice, elle se perd de plus en plus, abandonnant son mari, son patron (on sourira lorsque Justine, après avoir prétendu trouver un bon slogan pour son boss, lance un joli "what did you expect ?" à son mari). Bref, son état d'esprit est assez étrange, voire inquiétant, tout comme son état physique. Face à elle, sa soeur Claire fait tout pour l'aider, mais celle-ci doit gérer son stress dû à l'approche terrifiante de la planète vers la Terre, chose dont ne semble pas s'inquiéter Justine. C'est ce qui fait alors l'objet de la deuxième partie. On ressent bien la tension et le stress pendant la dernière partie du film, franchement sublime jusqu'au final grandiose. Charlotte Gainsbourg est décidement dirigée à la perfection par le cinéaste qui produit encore des merveilles. 



   Le plus génial avec Melancholia, c'est que ce film nous épargne toutes les conneries habituelles des films catastrophes. Tout est centré sur cette petite famille, dans un lieu bien précis, et on n'en sort jamais. On ne sait absolument pas comment la menaçante planète est appréhendée par le reste du monde, ni comment le gouvernement réagit, rien de toutes ces saloperies ennuyeuses. Ici, on a affaire à une oeuvre d'art happante, inquiétante, vraiment magnifique. Même si de nombreuses longueurs sont à déplorer, que la caméra à l'épaule ne fait toujours de miracles et qu'on ne ressent pas toute l'émotion et la compassion qu'on devrait éprouver pour ces deux femmes, on reste subjugués par la qualité du scénario et le talent inouï des deux actrices. Et je me répète, la fin du film (notamment les 30 dernières secondes) va vous en mettre plein la gueule de façon violente, c'est une expérience à ne pas rater. Bref, voici la bande- annonce pour ceux qui seraient passés à côté :




À voir aussi:

dimanche 22 décembre 2013

Munch, un mélancolique optimiste

Mélancolie, Edvard Munch, 1891, Huile sur toile 72x98 cm, Bergen, Musée des Beaux-Arts

Considéré comme le premier tableau symboliste norvégien, cette oeuvre fut inspirée à Munch par le désespoir amoureux de son ami, le critique Jappe Nilssen. Il l'aura repris plusieurs fois en peinture et par estampe.
 "En vérité, mon art est une confession que je fais de mon plein gré, une tentative pour tirer au clair, pour moi-même, mon rapport à la vie… C’est au fond une forme d’égoïsme, mais je ne renonce pas à l’espérance qu’avec son aide, je parviendrai à aider d’autres gens à se comprendre." - Edvard Munch

Références:

À voir aussi:

Dürer

Melencolia I, Albrecht Dürer, 1514, Gravure sur cuivre, 23,9×16,8 cm


 Une œuvre forte de ses éléments symboliques, sujette à plusieurs interprétations et maintes controverses :
 « [...] et l'on pourrait [...] considérer ce chef-d'œuvre selon d'autres perspectives [...] convergeant toutes vers l'harmonieuse unité du point de vue synthétique qui les commande. »
Louis Barmont, L'ésotérisme d'Albert Dürer: "La Melencolia", 1947

mardi 10 décembre 2013

Hommage à Madiba

Monument réalisé par Marco Cianfanelli à l'occasion du 50ème anniversaire de l'arrestation de Mandela en 1962 à ce même endroit, Howick, dans la campagne sud-africaine. Autant de barres en acier utilisées.

"L'homme témoigne de la splendeur de ses rêves." - Nelson Mandela

dimanche 8 décembre 2013

L'aficionada mélancolique: la rencontre

J'ouvre mon fil d'actualités, clique sur un lien et me retrouve sur le site du Monde.fr. Un titre m'interpelle: "Romina Paula, mélancolie argentine". Mon attention redouble. Tout de suite, mon esprit repasse en revue des images phares: Che, Perón et le Tango, l'incarnation-même de la mélancolie en musique. Je lis l'article d'une traite: une brève biographie et une invitation à la prochaine représentation de l'artiste. Elle est auteure, metteuse en scène et visiblement, elle et moi travaillons sur le même thème. Je la cherche sur Wikipédia, une présentation maigre, regarde quelques vidéos sur YouTube. Mais encore? Mon espagnol est mis à rude épreuve, je dois élargir mon champ. Le paragraphe lu en premier est truffé de références qui attisent ma curiosité: elle a réinterprété une pièce de Tennessee Williams. Quelle en est sa lecture? Qui est le dramaturge Daniel Veronese qui l'a formée? Qui est Concepción Arenal? Une George Sand espagnole?

A suivre...


Romina Paula



 Références:



Notes Mélancoliques

Ibrahim Maalouf - Beirut
Album - Diagnostic / 2011

La mélancolie, une ivresse de vie d'une vision obscur de cette dernière, cependant comme disais Picasso: ''le malheur est un terrain favorable à la création artistique, à l'épanouissement'', et c'est vrai, que pour ma part, je trouve que l'émotion à tellement plus de charme quand elle est triste, elle nous ouvre les yeux sur tellement de choses, sur les choses vrais et fondamentales, sur le vrai fond de la vie en somme.
Oui, on voudrait souvent revenir en arrière et revivre nos souvenirs heureux, ce qui nous rend triste alors que nous profitions pleinement de l'instant présent que plus tard nous voudrons revivre et ainsi de suite.
Pour finir, pour moi 'La mélancolie'  c'est le bonheur de ressentir des émotions fortes, qui nous prennent aux tripes, en somme le bonheur de se sentir réellement vivant.

lundi 18 novembre 2013

"La mélancolie est une maladie qui consiste à voir les choses comme elles sont."

Gérard De Nerval
Artiste, écrivain, poète (1808-1855)       

(Illustration par Naïm Boukir)

dimanche 17 novembre 2013

Génie et mélancolie

Depuis la Grèce antique, la mélancolie (mélas = noire et khôle = bile), maladie de l’âme, est perçue comme étant rattachée à une composante matérielle ou physiologique. Selon Hippocrate, la mélancolie résulte d’un déséquilibre entre les quatre humeurs : le sang, la bile jaune (provenant du foie), le phlegme ou lymphe, la bile noire provenant selon lui de la rate. Ce déséquilibre est dû à une trop forte proportion de bile noire dans l’organisme, celui-ci pouvant alors s’infiltrer dans le cerveau. Cette explication de la mélancolie prévaut toujours au XVIIe siècle lorsque Descartes évoque l’hypothèse de sa propre folie dans la Méditation première :
« ...si ce n’est peut-être que je me compare à ces insensés, de qui le cerveau est tellement offusqué par les noires vapeurs de la bile qu’ils assurent constamment qu’ils sont des rois alors qu’ils sont très pauvres... ».
Si la théorie des quatre humeurs a été progressivement abandonnée, l’époque moderne continue de lier la dépression à un déséquilibre physiologique - celui des neurotransmetteurs - sans en faire toutefois la cause unique de cette maladie.
 


Quant au lien qui unit la mélancolie et le génie, il s’explique depuis l’Antiquité par l’existence chez le mélancolique d’une force créatrice, d’une imagination surdéveloppée. Cette disposition créatrice sera perçue positivement ou négativement, selon les époques. Au Moyen-âge, on voyait dans le génie mélancolique un instrument de la séduction diabolique. L’époque moderne y verra plutôt la source de l’inspiration artistique. Toutefois, la période romantique est sans doute celle qui a insisté le plus sur le lien qui rattache la création artistique au génie, faisant de la mélancolie non pas une pathologie malsaine qu’il faudrait guérir mais le signe positif d’une élévation des forces de l’âme, d’une supériorité indéniable de la sensibilité et de l’imagination. Précurseur du romantisme, le philosophe Kant affirmait déjà dans ses Observations sur les sentiments du beau et du sublime la supériorité du tempérament mélancolique sur tous les autres, car lui seul possède, au plus haut point, le sentiment du sublime : « La nuit est sublime, le jour est beau. Ceux qui possèdent le sentiment du sublime sont portés aux sentiments élevés de l'amitié, de l'éternité, du mépris du monde, par le silence d'une nuit d'été, lorsque les tremblantes lueurs des étoiles traversent la nuit brune et que la lune solitaire paraît à l'horizon. »


Marceline Morais
Professeur de philosophie 

Source: 
http://www.cegep-st-laurent.qc.ca

jeudi 14 novembre 2013

Généralités

Ce qui nous vient à l'esprit: 
Détresse, tristesse, nostalgie, rêverie, spleen, vague à l'âme, blues, dépression, cafard, papillon noir, pessimisme, hypocondrie.

Définitions:

Selon Larousse.fr: 

- État de dépression, de tristesse vague, dégoût de la vie, proportion habituelle au pessimisme.
- Caractéristique dominante de quelque chose qui inspire de la tristesse.
- Dépression intense vécue avec un sentiment de douleur morale et caractérisée par un ralentissement psychomoteur et des idées de suicide.

Citations:

Selon Sébastien Roch Nicolas:

"Il y a une mélancolie qui tient à la grandeur de l'esprit."

Selon Gérard Labrunie dans "Les Chimères":

"Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé, le Prince d’Aquitaine à la tour abolie. Ma seule étoile est morte et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie."

mercredi 13 novembre 2013

Melancholia ?

Pourquoi ce blog ?

Ce que vous voyez là est un projet personnel de deux étudiants en graphisme. Dans le cadre de nos cours, il nous a été demandé de mener une recherche sur un mot donné tout le long de l'année et d'en explorer, artistiquement, toutes les facettes selon un axe que nous aurons choisi. Nous présenterons donc non-seulement nos travaux, mais aussi des références et autres inspirations que nous jugerons indispensables à la vision que l'on veut partager avec nos professeurs et tout public intéressé.
N'hésitez pas à nous faire part de vos appréciations (on en a besoin: on est notés!), cela nous permet d'avancer et de nous assurer que l'on arrive bien à transmettre notre message.

Pourquoi la mélancolie ?

Nous avons choisi ce mot car nous ne concevons une âme créatrice complète sans le spleen de l'artiste. Nous aspirons à un Art libéral englobant tous les ressentis, y compris les plus négatifs car seule une expression totale est vraiment sincère et peut donc atteindre autrui ou du moins, soulager un fort intérieur tourmenté.
Edvard Munch a dit: "La nature est formée par l'état d'âme de l'observateur".
Chacun a un vécu et une histoire propres à lui qui le définissent en tant qu'individu mais aussi en tant qu'élément à part entière d'une société, d'une organisation sociale. Même dans les cas de solitude les plus extrêmes, nul n'est assujetti à une neutralité absolue de la vision du monde "réel", pour ne pas dire extérieur à soi.
Alors pourquoi ne pas accepter l'impact de nos émotions sur notre façon d'appréhender les choses? N'est-ce pas là le propre de l'humanité? Serions-nous pour autant des fous, des marginaux, des contestataires de ce que les masses s'accordent à définir comme "le cheminement de la vie"? Des aveugles? Des inconscients? Mais par rapport à quoi au fait? Sur quoi basons-nous notre jugement? Notre raisonnement? Les normes que l'on nous impose? Dominons notre peur: interrogeons-nous.
Pardon, de quoi parlons-nous au juste? Ah oui, de LA réalité de chacun. Libre à l'artiste, à vous, à nous, de suivre la quête personnelle qui guidera tout homme, toute femme, vers sa vérité intérieure.

Bien à vous, 
Naïm & Kenzah