mercredi 22 janvier 2014

Libre Zingarina




Après Exils avec son univers road-movie ou les deux personnages principaux quittent la France pour l'Algérie, à la découverte de leurs racines, de leurs origines et surtout d'eux-mêmes, Tony Gatlif nous surprend avec un chef d'œuvre mélancolique, sombre, poétique et musical, là, c'est au cœur de la Roumanie. TranSylvania, un voyage féerique et émouvant dans lequel on est emmenés et transportés par la musique Tsigane, un voyage qui ne plaira pas à tout le monde, (et surtout pas à ceux qui cherchent à voir du Kusturica chez Gatlif).
Barnum alcoolisé, assiettes brisées et routes interminables, TranSylvania, un film qui, le bon œil sur la main, crie toute la vie qu'il a en ses profondeurs avec authenticité et amertume.
Zingarina (Asia Argento), une jeune femme tourmentée, taciturne, dont le visage triste dégage une forte mélancolie, une femme qui cherche à oublier qui elle est pour comprendre enfin qui est-elle, elle part avec son amie Marie (Amira Casar) en Transylvanie pour retrouver l'homme qu'elle aime, Milan, un musicien clandestin qu'elle a rencontré en France et qui as êtes expulsé.



C'est à la grande fête d'Hérode, cérémonie surréaliste païenne, que Zingarina retrouve l'homme qu'elle aime. Dans la folie, dans le bruit, dans la musique, dans l'ivresse de la fête, elle apprend qu'elle est seule au monde, encore une fois sans amour, maintenant sans repère et sans aucun espoir. En effet, Milan est parti volontairement et ne veut plus la revoir. C'est une autre recherche qui prend alors le relais, Tony Gatlif suit le parcours d'une femme qui doit se reconstruire et qui ne peut pas sombrer car elle porte un enfant. Elle se sépare de son amie Marie, du poids du passé et d'elle-même pour renaître plus loin avec un autre homme, Tchangalo (Birol Unel), un personnage énigmatique, un homme seul, libre, sans frontières, sans maison, sans point d'attache. Asia Argento habite littéralement le personnage de Zingarina et lui offre toutes les nuances d'une femme tour à tour déprimée, angoissée, détruite, puis combattive et apaisée, pour mieux la comprendre, il faut la suivre jusque dans sa subjectivité, ce sont par exemple les voix des autres personnages qui s'estompent, faisant le vide autour d'elle, c'est aussi une scène dans laquelle elle court dans la forêt en poussant des cris déchirants. Plus rien d'autre n'existe alors que sa douleur inimaginable. L'évolution du personnage est passionnante, les différents états qu'elle traverse n'ont même pas besoin de mots, le visage d'Asia Argento qui s'ouvre, sombre et s'éclaire au fil du récit parle de lui-même.
         


Contrairement aux films précédents de Gatlif: TranSylvania n'a pas vraiment de cohérence, il raconte une histoire qui ne se raconte pas verbalement. À mon point de vue, c'est comme une visite de musée consacré à l'amour en tenue civile du désespoir, sur fond d'un paysage inexorablement tragique, une succession de peintures qui résume la violence des sentiments, la violence de l'existence, la beauté de la Femme, la beauté de l'excès, la beauté de la mélancolie, TranSylvania part du thème de la douleur pour ensuite parler de la renaissance, de cette lumière qui arrive dans les vies.

Un magnifique film d'une puissance et d'une esthétique singulières, d'un réalisme surprenant, sombre, glaciale, poignant, sensible, étrangement poétique. J'étais émerveillé de bout en bout. Elle me restera toujours en mémoire la très belle image finale, les 2 dernières minutes qui font toute la beauté de ce chef d'œuvre.

À voir et à revoir.


Tony Gatlif - Libre Zingarina
TranSylvania OST

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Tony gatlif