samedi 11 janvier 2014

Les Trois chambres de la mélancolie : La guerre, en trois temps



Les Trois chambres de la mélancolie, de Pirjo Honkasalo, est un film documentaire bouleversant sur les ravages causés par la guerre de Tchétchénie et sur les enfants touchés par ses atrocités.

Aslan, 11 ans, agressé sexuellement par des soldats russes, retrouvé dans une boîte de carton.
Popov, 11 ans, devenu orphelin à la suite de l’incendie de sa maison.
Adam, 12 ans, dont la garde a été retirée à sa mère après que cette dernière eut tenté de le jeter du balcon…
Et ils sont nombreux encore, ces enfants qui n’en sont plus depuis longtemps, et dont les visages en gros plan, remplis de lucidité mélancolique, imprègnent la pellicule de la cinéaste finlandaise Pirjo Honkasalo.



La mélancolie est le partage de tous les hommes de génie et c'est quand la forme est la meilleure amie du fond. Ou comment transformer un sujet a priori des plus austères en objet de cinéma passionnant ? Comment arriver à retranscrire des émotions aussi subtiles par le simple mode de l'ellipse et le refus des commentaires tannants ? Tant de questions qui taraudent à la vision de ce documentaire d'une humanité déchirante, tourné en équipe très réduite, dont les images précieuses glacent le sang. Fragmenté comme son titre l'indique en trois chambres ("Nostalgie", "Respiration", "Souvenir"), le film donne à voir le conflit tchétchène du point de vue d'enfants meurtris et désenchantés. Alors qu'on craint au préalable l'exposé pesamment didactique et le passage en revue de tous les écueils du genre (complaisance, hystérie générale, dramatisation à outrance.....), il n'en est rien. L'ensemble ne devient cohérent qu'à la fin des trois parties. Prises séparément, elles révèlent chacune d'immenses qualités mais tout l'intérêt réside dans l'interaction née entre les segments. Cela donne lieu à des réactions et des contrastes éminemment surprenants. La première partie s'intéresse à des enfants orphelins qu'on forme pour devenir des petits soldats et de la future chair à canon. La seconde, en noir et blanc, sans doute la plus poignante, bascule de l'autre côté du miroir, en plein dans le chaos d'une capitale tchétchène en ruines (l'utilisation judicieuse du noir et blanc renforce la dimension cauchemardesque). La dernière et troisième partie, plus métaphorique, teintée d'onirisme, avec ses chevaux blancs qui tremblent au son des déflagrations, renforce une tonalité sciemment absurde où des Tchétchènes, à la frontière de l'Ingouchie, dansent sous les bombardements. Le procédé paraît simple, il est exploité avec une intelligence rare  Ceux qui ont déjà vu "Le mur" de Yilmaz Guney, savent combien les regards perdus d'enfants peuvent hanter une vie de cinéphile.



"C'est Mozart qu'on assassine" ou tout le mal que l'on fait à l'enfance. Ce titre d'un roman de G.Cesbron m'est revenu en mémoire à la vision de ce film bouleversant. Je me prends à évoquer aussi "l'enfance nue" de Maurice Pialat en voyant ces images belles et tristes du désespoir de ces regards d'enfants confrontés au chaos du monde et de leur vie. Mais rien de misérabiliste dans ce film d'une beauté incroyable : on ne peut qu'être frappé par la force inouïe émanant de ces visages d'anges, par la capacité de résistance au désastre que détiennent -et mettent en oeuvre- tous ces enfants. La réalisatrice laisse percevoir la colère qui l'anime sans jamais faire de son film une oeuvre didactique. Une approche poétique d'une immense sensibilité qui vaut tous les plaidoyers. Unique.

References:

À voir aussi:



mercredi 8 janvier 2014

Axe de développement : L'expression extreme mélancolique dans le cinema d'auteur

Laurence Olivier dans Hamlet, 1948
de Laurence Olivier

Mes recherches autour de mot ''Mélancolie'' m'ont amené dans diverses directions : quelques notes mélancoliques, le portrait d'artistes s'inspirant de la mélancolie et le traitement de la mélancolie dans le cinéma.
Après avoir réfléchi, je choisis de m'orienter plus particulièrement vers l'expression extrême de la mélancolie, en particulier au cinéma. parce que cette approche m'inspire. 
A partir de maintenant, mes recherches vont donc se concentrer sur : mélancolie extrême et cinéma d'auteur.