dimanche 8 juin 2014

samedi 7 juin 2014

samedi 31 mai 2014


Croquis de l'illustration finale pour la "Chanson mécanisée", inspiré par une affiche du film "Metropolis".

mardi 20 mai 2014

Plan de travail

Sachant que mon projet personnel doit être prêt au plus tard le 9 juin, j'organise mon travail de façon à d'abord présenter des croquis (qui incluent des recherches de mise en page et de médiums) puis, le rendu final de chaque illustration (5 au total):

  • Le 21/05: croquis de l'illustration 1. Temps de réalisation: 1 jour.
  • Le 23/05: finalisation de l'illustration 1. Temps de réalisation: 2 jours.
  • Le 24/05: croquis de l'illustration 2. Temps de réalisation: 1 jour.
  • Le 26/05: finalisation de l'illustration 2. Temps de réalisation: 2 jours.
  • Le 27/05: croquis de l'illustration 3. Temps de réalisation: 1 jour.
  • Le 29/05: finalisation de l'illustration 3. Temps de réalisation: 2 jours.
  • Le 30/06: croquis de l'illustration 4. Temps de réalisation: 1 jour.
  • Le 01/06: finalisation de l'illustration 4. Temps de réalisation: 2 jours.
  • Le 02/06: croquis de l'illustration 5. Temps de réalisation: 1 jour.
  • Le 04/06: finalisation de l'illustration 5. Temps de réalisation: 2 jours.

dimanche 9 mars 2014

Recherche: La chanson mécanisée


Collage sur carnet de format A5. Inspiré par la "Chanson Mécanisée" de Léo Ferré. Les textes et images proviennent d'articles de journaux. Pour mon rendu final, je compte intégrer les paroles-mêmes du morceau.

mardi 11 février 2014

Note d'intention

En projet final et dans la lignée de mon exploration de la mélancolie, j'ai pour idée d'illustrer 5 chansons de cet immense et mélancolique artiste qu'est Léo Ferré. Ce travail prendra la forme de 5 illustrations de format raisin et impliquera collage de photos et de textes, jeux de typographie et de mise en page, pastels à l'huile et sanguine. Bien sûr, chacune d'entre elles retransmettra l'atmosphère du morceau mais aussi aura pour visée de questionner le regard de l'observateur. Ces créations seront à regarder au son de la chanson que chacune illustrera. L'ouïe guidera ainsi la vue. Techniquement, cela sera rendu possible par l'utilisation, en-dessous de chaque affiche, d'un mini-lecteur équipé d'un casque. A titre d'exemple, figureront les chansons: "La mélancolie", "La vie d'artiste", "Et Basta".

Note d'intention

Après avoir travaillé sur le thème mélancolie extrême et cinéma d'auteur, je choisis comme projet personnel de réaliser une série de peintures dessins et techniques mixtes.
A travers ce travail, je désire représenter la mélancolie à travers ces sensations que sont le vertige et de la claustrophobie.
Pour ce faire, j'utiliserai du papier Canson, Kraft et papier-mouchoir pour obtenir des volume bas reliefs. Comme médium, domineront, l'encre de chine, le lavis et l'acrylique blanche.
J'envisage des formats raisin.

dimanche 9 février 2014

Ferré, mélancolies plurielles


Retour sur Ferré

 Pardon à mes lecteurs, je reprends le fil du blog avec beaucoup de retard. Toutefois, circonstance atténuante s’il en est, cette latence m’a permis de préciser davantage ma démarche car il importe, en ce début de la seconde phase, d’affiner davantage ma démarche notamment le choix des sujets, leur articulation ainsi que le mode d’énonciation. Il en va, à terme, de la cohérence de l’ensemble du blog.
A relire mon post précédent (mon introduction), j’ai constaté que mon invocation de Ferré pèche par un défaut de formulation, un manque d’écriture – et partant de clarté. D’où un déplorable effet de mauvaise chute, de quoi légitimer le reproche de traiter ainsi cavalièrement Ferré à travers une simple insertion sonore, formulé par Nelly. Or la chanson « La mélancolie » a été à la base même de l’idée de ce post introductif, à savoir traiter de la diversité des situations qui peuvent la générer. Comme pour justifier par avance la diversité des créateurs que j’envisage de traiter. Concentrant le propos général du post et l’ayant inspiré ; elle me semblait constituer, à la fois une introduction, une illustration et un point d’appui pour la suite.

Anonyme, illustration trouvée sur le site SCL.

 

Retour à Ferré


Ferré a été présent assez tôt dans mon environnement sonore. Plus, il fait partie du panthéon paternel, à côté d’un autre Léo - Léonard Cohen, tout aussi plaintif et tout aussi habillé de noir. Pour moi, je l’avoue, ça a été souvent, drôle de spleens ; si ce n’est « Il n’y a plus rien », c’est fatalement « Like a Bird » ou autres joyeusetés de la même couleur. En guise d’hymne à ma joie, ça posait là. Passons sur ce « langage auquel vous n'entravez que couic ». Au moins, avec Ferré, on est prévenu… Et disons que ça me convenait parfaitement. Aussi, en bonne logique et au risque de désespérer mon père, Ferré n’était pas sur mes playlists. Et cela ne devait pas changer de sitôt. Il y a un an, suite à la médiatisation qui avait suivi la publication du témoignage de sa belle-fille, j’avais considéré que Ferré dénotait un tant soit peu avec l’aura quasi-prophétique que lui tressait mon père. Lequel, embarrassé, s’en était tenu à un laconique : « De toute façon, Léo n’était pas à une contradiction près… Ceci dit, son œuvre finira, un jour ou l’autre, par s’imposer à toi – et alors, bonjour le voyage… En attendant, tu manques d’être un peu plus intelligente… ». Je crois me souvenir lui avoir rétorqué quelque chose dans le genre : « au moins, je ne risque pas l’overdose du cafard ».
Ceci dit, je ne pouvais, à la faveur de ce blog et sous son signe, ne pas recourir à ce bon vieux geignard, si porté aux nues par mon vieux. Pour une fois, que les deux peuvent me servir… Le premier s’est imposé naturellement en tête de liste des prétendants à l’illustration de ce blog. Au second de m’expliquer, pour une fois à ma demande, encore une fois les raisons de son idolâtrie, manière d’avoir quelques pistes et des raccourcis. Et, promis juré, cette fois, je prêterai attention , puisque c’est pour les besoins de la cause et qu’il s’agit d’une petite pérégrination. Donc…
Mon père s’en est amusé sur un ton subtilement revanchard : « tiens, Ferré semble te rattraper » et de me souhaiter bon voyage puisque pour lui, le voyage, si voyage il y a, serait long. Et, faisant dans le raccourci, de me gratifier de drôles d’indications :
  • Attention à l’éparpillement. On n’accède pas à Ferré, on se laisse submerger. Aussi, ne pas avoir peur de perdre pieds, de ne pas comprendre, « sur l’instant ou jamais », les mots, le propos ou les images mais « être dans la voix » (???), « dans le sensitif, l’intuitif », « accepter le paradoxe »… « Travel Blind… »
  • écouter le plus large, en mode aléatoire de préférence, manière d’avoir un premier échafaudage, même branlant, de perceptions et une perspective et ensuite s’en tenir à quelques chansons-textes emblématiques avec, si possible, un de ses manifestes poético-politiques. Et Basta !
En guise de pistes balisées, un « bon voyage », quelques conseils New Age – et comme pour faire la paire, un renvoi à l’autre Léo… C’est tout Papa, ça !
Pour l’accès, merci bien, je suis déjà avertie. Mais pour le reste, dois-je faire la planche ? Ou adopter la posture du lotus et attendre la révélation ? Et préalablement, faut-il des ablutions ?
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Dans les faits et pour commencer, je fais appel à Google qui me gratifie de pas moins d’« environ 2 750 000 résultats (0,36 seconde) », Wikipédia trônant en tête. Amusée et intriguée, je ne m’attarde pas sur la perspective d’un Google plus minutieux qui prendrait une ou deux minutes.
Soit donc l’incontournable page wiki pour le premier contact et le référentiel de base. En terme de charge, la page est dans la moyenne supérieure de wiki. Je considère le rassurant sommaire. A priori, Il a le mérite de sembler bien structuré, complet. Je me plonge avec intérêt et non sans surprises, dans les rubriques. Décidément, Ferré est « trop ». Dès le premier paragraphe, je retiens :
« … couvrant une période d'activité de 46 ans, Léo Ferré est à ce jour le plus prolifique auteur-compositeur-interprète d'expression française ». Je relève « le plus prolifique » et que l’énonciation du statut est plutôt laborieuse, alourdie par deux traits d’union, une virgule et un « et » : « auteur-compositeur-interprète, pianiste et poète… ». Je constaterai plus loin qu’elle fait plutôt dans le raccourci.
Je note que la vocation de l’enfant Ferré a été précoce, se manifestant dans le chant religieux : soprano, à l’âge de sept ans, dans la Chorale de la Maîtrise de la cathédrale de Monaco ; compositeur, à quatorze ans, d'un chant de messe à trois voix et d’une mélodie sur le poème « Soleils couchants » de Verlaine ; critique musical pour un journal pendant sa préparation du bac. Plus tard, j’apprécierai différemment certaines compositions, « Ni dieu ni maître » entre autres.
Je reçois comme une évidence : « Léo Ferré est un infatigable passeur ». Et pour cause : la page étant presque bichrome, je ne cesse d’activer le bouton droit sur des liens qui, de toute évidence, donnent sur le quatre points cardinaux et se jouent de la chrono et des registres ; mêlant poésie ancienne (XIIIe siècle), mai 68, orchestration symphonique, jazz-rock et plein de choses qui à priori n’ont aucun rapport. J’apprends ainsi à situer Villon et Rutebeuf, je connais John McLaughlin et Weather Report mais j’aurai aimé savoir plus sur la connexion Ferré-Jimi Hendrix.
Le chanteur de papa que je connais se révèle autre. J’aurais dû être plus attentive. Même si je ne saisis-digère pas tout, la page wiki me permet de prendre acte de l’hétérogénéité Ferré et de m’assurer de quelques éclairages et d’éventuels points d’appui.
Je poursuis donc par la visite de rigueur au site officiel et à quelques autres qui le sont moins. Histoire de constater que, décidément, mon père est loin d’être le seul inconditionnel et qu’il y a, sur la toile, une multitude d’orphelins qui ne cessent de recenser l’héritage et tout un culte très vivace, avec des chapelles ardentes et différentes confréries, une iconographie en conséquent, des galeries d’images qui sentent le monument funéraire ; des sites pour les paroles ; un blog qui a tout d’une chaire universitaire listant les publications savantes et les nombreuses exégèses ; des blogs de fans esseulés ; plein de réseaux avec tas d’événementiels : tables-rondes, conférences, pèlerinages, récitals, pas mal de rituels et de commerces… Je constate que les orphelins se liguent en divers camps parfois opposés, à chacun son Ferré – plus exactement une part de Ferré. Je picore, ci et là, des éléments d’éclairage, des citations, des bribes de témoignages, quelques images aussi et certains .pdf, aux titres intrigants sinon ronflants… Et pour finir et faute d’accéder à tous ses enregistrements (pas moins de cinquante albums), je me contente des 304 textes de Ferré qu’un site russe met obligeamment en ligne.
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A approcher, réentendre, écouter-découvrir Ferré ; je me suis trouvée importée dans une sorte d’incursion initiatique aux bordures d’un univers plus déconcertant que prévu. Non seulement je prends la mesure d’une œuvre immense, multiforme et multidimensionnelle mais je découvre un destin de créateur fabuleux, absolument inclassable, – et si l’on me permets cette double métaphore, polyphonique et encyclopédique, dans la lignée des grands créateurs. D’ailleurs, son œuvre, de grands créateurs, elle en regorge, y puise inspiration et motifs, les évoquant, les invoquant…
Poète – immense poète, reconnu en tant que tel et comme leur pair, par les plus grands (Eluard, Aragon, Breton…), musicien, compositeur prolifique, chef d’orchestre( ), essayiste anarchiste… Avec un égal bonheur, Léo a été tout cela et plus, au long d’une « vie-œuvre intense »…
Ainsi, il a publié tour à tour des recueils de poésie, commis des pamphlets poético-politiques – certains disent : essais philosophiques (voir « introduction à l'anarchie » in Le monde libertaire - janvier 1968) ; a animé une émission de vulgarisation et de critique musicale (« Musique byzantine » sur Paris Inter devenue plus tard France Inter) ; a composé pour une pléiade de vedettes de la chanson, Edith Piaf et Juliette Gréco entre autres ; mis en musique des poètes (ses modèles : Baudelaire, Apollinaire, Verlaine, Rimbaud ; ses affinités : Rutebeuf, Villon, Aragon, Cesare Pavese, Jean-Roger Caussimon…), mis en paroles Beethoven (« Egmont »), dirigé des orchestres symphoniques, commis des préfaces et un roman plus ou moins autobiographique, s’est fait typographe et éditeur pour publier ses textes…
L'œuvre de Ferré aura ainsi concentré, avec brio, presque tous les styles poétiques et musicaux : de la versification classique voire précieuse - quitte à en exhumer du fond de XIIIe siècle (Villon et Rutebeuf) à la prose poétique, si ce n'est l’argot et les mots crus des bas-fonds ; de la chansonnette du faubourg, des oratorios, des variations symphoniques, de la pop (« C’est extra » qui, paraît-il, trônait au hit-parade devant les Beatles) pour finir par ce genre inclassable qui est le sien en propre qu’illustrent à merveille « Et… Basta ! » et « Il n'y a plus rien ». Comme rapprochement possible – mais rapprochement sans plus, mon père me suggère de voir du côté des opéras rock-progressif, notamment les Pink Floyd.
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Consciencieusement, je m’attache à considérer cette moisson éparse et à relever, dans les chansons, des extraits de ce qui me semble faire sens. J’essaie d’en esquisser un premier faisceau de compréhension, multipliant, pour une fois, ébauches, ratures et moutures. Difficile est de faire court. D’habitude, je suis plus expéditive. Non que Ferré me tétanise mais maintenant que je suis interloquée par le vieux à la belle crinière blanche, j’entends avoir ma propre "réception".
Je reviens, plus d’une fois, sur la longue liste des titres de ses chansons. A la parcourir et à en relever les redondances et les proximités, s’esquisse une carte du désespoir et de la mélancolie : « la chanson triste », « La Chanson du mal aimé », « La Folie », « La Nostalgie », « La Damnation », « la Folie », « Technique de l’exil », « Death… Death… Death », « La violence et l’ennui », « Il n’y a plus rien », « La solitude », « La Mort des amants » et j’en passe
Je ne cesse de réécouter en boucle une quinzaine de chansons piochées dans un dossier de papa. Elles distillent toutes, d’une manière ou d’une autre, de la mélancolie. Même si le propos varie, il n’en explique pas la densité encore moins la permanence. Je reprends la biographie, à la recherche d’éléments explicatifs, je m’arrête sur chaque séquence du parcours.
Certes, le petit Léo, envoyé à 9 ans en internat dans un établissement religieux en Italie, a dû souffrir de la solitude loin de sa famille et mal vivre la discipline (voire plus) imposée par les frères. Mais il y a découvert, en cachette, Verlaine et les poètes maudits. De toute évidence, deux motifs (sentiment d’abandon et anticléricalisme virulent) trouvent une première source dans ces huit longues années de pension.
Certes, « son père lui refusera le conservatoire et le contraint à faire des études de droit à Paris » (il en ressortira diplômé en sciences politiques en 1939). Mais, ma foi, ça ne l’empêchera pas de révéler, une fois démobilisé, ses talents de compositeur, à l’occasion du mariage de sa sœur en 1940 ni de se produire dans les cabarets de Monaco, tout en travaillant à Radio Monte Carlo « où il est à la fois speaker, régisseur, pianiste et balayeur ». Il sera même encouragé par Charles Trenet et Edith Piaf (deux monstres de la chanson) : le premier, de continuer à composer ; la deuxième, « plus enthousiaste », de monter à Paris.
Je m’attarde sur ses débuts difficiles à Paris où il reviendra à la fin de la guerre, mais ils ne me semblent pas déroger au commun des chansonniers « rive gauche » et à la règle du métier à l’époque, par référence au peu que je sais sur certains de ses pairs notamment Brassens, Brel, Aznavour… Je réécoute « la vie d’artiste » datant de 1950. Je sais qu’elle renvoie à ses déboires conjugaux et son divorce récent avec sa première femme Odette, pour cause de « pitance incertaine » et du « succès qui ne vient pas ». Mais cet épisode dont traite cette chanson ne m’éclaire pas sur la permanence de la mélancolie qui marquera son œuvre. Puisque précisément, cette année là, Ferré retrouve l’amour avec Madeleine Rabereau. Laquelle deviendra à la fois sa femme, sa muse et son agent facilitant son succès qui s’en ira grandissant. Elle lui inspirera de sublimes chansons d’amour (« La lettre », notamment) et de désamour (« Avec le temps ») voire de haine féroce (« Zaza »)…
« Malgré ses succès et un Olympia en 54, Léo dérange et ses airs d'ours mal léché ne collent pas avec le monde du Music Hall. Déçu, Ferré quitte la scène pour l'écriture. Il déménage en Normandie pour s'isoler… ».
Aussi, reste ouverte pour moi la question : Qu’est ce qui fait encore courir ?
Mon père, évidemment ravi mais toujours énigmatique, me relance: « Tu tournes en rond ? C’est bien ! Tu es ferrée donc ! Léo, c’est circulaire ; il ne faut pas le saucissonner ! ». Cette fois, il me fournit obligeamment quelques textes-manifestes.
Je m’y attaque, m’y concentre. Au préalable, j’envoie à la corbeille, sans regret, toutes mes ébauches précédentes. La version intégrale de « Préface » datant de 1956, « Introduction à l’anarchie » (1968) et des textes puisés dans un recueil de textes et de poèmes "Testament phonographe", publié en 1980 me permettent enfin de répondre – ou tant soit peu - à cette question qui me taraude dès le début.
Je suis libérée.

  Qu’est-ce qui fait courir Ferré ?

« Je ne vais tout de même pas te raconter comment et pourquoi j'écris des chansons, non ? C'est comme ça ! Ma main sur le clavier de mon piano est reliée à un fil et ça marche. Je suis "dicté". J'ai un magnétophone dans le désespoir qui me ronge et qui tourne et qui tourne et qui n'arrête pas. Alors je copie cette voix qui m'arrive de là-bas, je ne sais, qui m'arrive, en tout cas, et je la reconnais chaque fois. Ça fait comme un déclic et ça se déclenche. Je suis le porte-parole d'un monde perdu, présent pour moi, d'un monde auquel vous n'avez pas entrée parce que si tu y entres, dans ce monde, tu perds pied et deviens inédit. »
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« Je suis un migratoire »
Dès le début de sa carrière, Ferré fait preuve d’une créativité multiforme se doublant d’une singulière inclinaison, comme une marque de fabrique, à ne jamais être là où on l’attend, prenant toujours des chemins de traverses et des longueurs d’avance, se déjouant des styles et des genres, les détournant, les décloisonnant, les mélangeant, toujours en rupture des conventions, au grand dam des puristes de tout bord, spécialistes et critiques, quitte à déstabiliser ses fans les plus inconditionnels voire se les aligner.
« On est hier, toujours. Moi, je vivais demain et ça fabriquait les malentendus. Un artiste vit toujours demain, sinon il est fait pour l'usine. » (Et… Basta !)
Sa différence devait sûrement agacer dans les milieux du Music-hall (on le disait à la fois timide et ronchon, pas mondain et très quant-à-soi) et prétendre, lui le chansonnier à peine reconnu, mettre en musique de grands poètes – et musique symphonique S.V.P., faire preuve de pédagogie en les diffusant auprès du grand public.
Inclinaison aussi à prendre position sur tout, à ouvrir grand, très grand, sa gueule, souvent jusqu’à l’outrance mais toujours avec une lucidité brûlante, sans concessions. Il traite de tout : de l’intime, de l’amour (sa nécessité et ses désillusions), de la politique, de l’homme, de Dieu, de Satan, de l’industrie du disque, des idoles, de chiens – et il se revendiquait outrageusement chien.
« Je n'écris pas comme De Gaulle ou comme Perse
Je cause et je gueule comme un chien
JE SUIS UN CHIEN »
Et comme tel, il ne lâche rien, il aboie, se fait mordant lorsque il ressasse ses aigreurs, ses refus et aversions et règle ses comptes, tous ses comptes. Et il ne cesse d’en dresser la liste : ses femmes, les femmes – et pourtant, il leur a dédié des chansons d’amour indépassables (« La lettre » entre autres), avec les croyances, toute croyance (religieuse, idéologique, sociale...), avec Paris et ses coteries intellectuelles et artistiques, avec ses camardes de 68, avec quiconque et toute chose participant « au monde clos ».
Outre ses propres blessures intimes et déchirements conjugaux, Ferré aura ainsi traversé le siècle et les milieux intellectuels et artistiques dans une succession d’incompréhensions, de malentendus, de controverses, de ruptures…
Ainsi et pour les plus connues, brouille avec les surréalistes en 1956, qui pourtant l’avaient encensé et publié, Breton en tête mais qu’il indispose par le propos et la profession de foi qu’il développe dans son premier recueil de poésies "Poètes… vos papiers !" où Il n’hésite pas à contester l'écriture automatique des Surréalistes. C’en était fini de l’amitié qui le liait à Breton qui a refusé de préfacer son recueil. Ferré écrira lui-même sa propre préface en enfonçant le clou.
« Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris.
Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut "aller à la ligne". Le poète n'a plus rien à dire, il s'est lui-même sabordé depuis qu'il a soumis le vers français aux diktats de l'hermétisme et de l'écriture dite "automatique". L'écriture automatique ne donne pas le talent. »…
Plus tard, il chantera "Préface" et ne cessera de puiser, dans ce recueil, des chansons.
Brouille aussi avec les contestataires de mai 68 qui, pourtant, en ont fait le chantre de la révolution permanente et le porte-parole lyrique à côté d’un Cohn-Bendit et pour qui il a chanté, à chaud, le 10 mai lors d’un gala anarchiste devenu mythique à la salle de la Mutualité.
« Ils n'ont de noir qu'un faux drapeau de soixante-huit » (La nostalgie)
« Au large, hommes tergaliens, boys d'alpaga, filles jeanisées au maxi, avec vos clous dessinant les orages du Guevara.
Le Che crevé, crucifié, pourri déjà, même sur vos images. » (Et… Basta !)
Le quiproquo avait même pris une tournure dramatique. Des bandes de jeunes se revendiquant d’extrême-gauche voire anarchistes et prétendant accéder gratuitement à ses récitals en sabotaient la tenue par la violence. Un quasi-appel au meurtre, au prétexte d’un Ferré anarchiste de salon, à été publié par un journal "L’idiot international" donné pour gauchiste. I
Lui, l’anarchiste qui, dès ses débuts parisiens, a toujours apporté son soutien à la Fédération anarchiste en se produisant gratuitement chaque fois qu’il est sollicité –et il a été jusqu’à sa mort leur principale tête d’affiche avec une récurrence quasi-annuelle. ll fait appel à lui, se garde toutefois de se laisser enfermer dans le politique stricto-sensu se réclamant d’abord d’une anarchie sienne, personnelle :
« L'anarchie, cela vient du dedans. »
et n’hésite pas à proclamer :
« Le drapeau noir, c’est toujours un drapeau »
« Je suis dans la marge »
« Cela a été dit ; il importe que cela soit redit. Le Christ, le péché, le malheur, le riche, le pauvre… nous vivons embrigadés dans des idées-mots.
Nous sommes des conceptuels, des abstraits, rien. Une morale de l'anarchie ne peut se concevoir que dans le refus. C'est en refusant que nous créons ».
Aussi logiquement, volontairement, Ferré a propension à s’exiler « … loin des imbéciles et du propos courant. ». Il abandonne les lumières de Paris qu’il « n’aime plus » et ses « variétés » d’abord dans le début des années 1960 pour une île bretonne jusqu’à mai 1968 (il quitte définitivement le domicile conjugal et sa femme Madeleine) ; puis plus tard en 1973, l’exil définitif, en Toscane en Italie où il a vécu jusqu’à sa mort. Des exils qu’il revendique voire théorise :
« C’est à trop voir les êtres sous leur vraie lumière qu’un jour ou l’autre nous prend l’envie de les larguer. La lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l’intelligence. C’en est aussi une maladie qui nous mène à la solitude. » (Technique de l’exil)
et qui lui permettent d’approfondir son œuvre, en s’affranchissant de tout.
« et puis (je) partirai seul vers un pays barré aux importuns. »
Comme s’il ne pouvait exister et créer que dans la marge, la solitude et bien sûr la mélancolie.
« JE PARLE POUR DANS DIX SIECLES et je prends date
On peut me mettre en cabane
On peut me rire au nez ça dépend de quel rire
JE PROVOQUE À L'AMOUR ET À L'INSURRECTION
YES! I AM UN IMMENSE PROVOCATEUR. »
L’on constatera que les thèmes liés à l’amour auxquels le grand public identifie Ferré à travers des chansons telles que « Avec le temps » n’ont pas été traitées jusque-là.
Reste le strictement personnel, ses drames intimes – du moins ceux qu’il a chanté et « jeté en pâture à l’histoire » au même titre que les grandes questions existentielles et sociales qui l’ont taraudé. De ce registre, deux faits intervenus en 1968 l’ont particulièrement marqué : sa séparation avec Madeleine et la mise à mort de son manège d’animaux dont Pépée sa fille-chimpanzé, immortalisée par la poignante chanson du même nom. La séparation inspirera la très connue « Avec le temps » mais pas seulement. Il ne cessera de s’y référer d’une manière ou une autre dans les chansons qui suivront. Plus, elle participera intrinsèquement à la parole-pensée totalisante de Ferré qui se déploiera dans sa production d’après 68. Et que faute d’une appréhension plus grande, je résumerai - provisoirement et imparfaitement- par un désespoir ontologique. Je dis provisoirement parce que, au bout de cette incursion d’un mois dans les dédales de l’œuvre-homme Ferré, le voyage ne fait que commencer.
Je ne résiste pas au plaisir de reproduire in extenso un long passage de "Testament phonographe" tant il me semble avoir été ma clé de lecture et d’approche…
« Je vivais dans une sorte de malédiction confortable. Je m’étais arrangé pour ne rien laisser paraître jamais ni de mes angoisses, ni de mes envies, ni même de mes vœux les plus secrets et qui eussent risqué de me laisser en mauvaise posture devant tel ou tel de mes contempteurs. Je vivais masqué. Je veux dire par là, cette cire commode dont on se peint le visage et, bien mieux, les sentiments, dès qu’on se sent traqué, soumis des fois, et au mieux, vaincu. L’indifférence confine à l’insouciante optique de tout ce qui peut être regardé, ou même vu de biais, en douce, en rupture de courtoisie. Les voyous ne sont pas tous enfermés dans les prisons. C’est une idée reçue. Il en est qui vaquent en toute tranquillité dans les salons, dans rue, dans les ministères. L’orgueil de ceux de ma race est trop évident pour qu’il soit nécessaire de se démasquer le moment venu. Le moment est toujours là, présent, indéniable. Je savais que je n’en sortirai jamais de cette brume visqueuse que je prenais plaisir à faire tâter autour de moi à qui voulait bien, et dont je disais qu’elle était tout mon sentiment. Je vivais. Et maintenant, je vis. Seul. »
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« Cette chanson qui tant et tant me désespère
Et que je ne vous chanterai jamais
Je n'ai plus de voix pour vous
PLUS PLUS PLUS »
    Et Basta !

Anonyme, même source.

"Le cheval de Turin", lente agonie.



Béla Tarr ne réalisera plus de films. Jamais. C’est ce qu’il a déclaré après avoir achevé Le Cheval de Turin, couronné de l’Ours d’argent au Festival de Berlin 2011. Cet ultime long-métrage prend racines dans une troublante anecdote : à Turin, en 1889, Nietzsche enlaça un cheval d’attelage épuisé, refusant d’avancer sous les ordres et coups du cocher. Suite à cet événement, le philosophe sombra dans la folie pour mourir dix ans plus tard. Béla Tarr et le scénariste László Krasznahorkai nous présentent le destin qu’ils ont imaginé à l’animal qui ne fut plus revu après cet étrange incident.


Suite à l’anecdote historique, narrée sur un noir abyssal, le spectateur découvre ce cheval, magnétisant la caméra, comme si le mystère pouvait être percé du regard, de la capture d’un détail particulier, mais rien ne semble anormal dans l’apparence de cet équidé qui ramène le cocher vieillissant à sa ferme. En ces précieux instants de découvertes des lieux, une ferme isolée, et des personnages, un vieil homme barbu, au bras gauche paralysé, et sa fille enguenillée, à l’âge incertain, il est impossible de se douter que Béla Tarr conte ici la fin des temps. Une Apocalypse lente et insidieuse, à l’opposé des fracas américains soufflant la vie en instant, ou même du stylisé Melancholia de Lars Von Trier, malgré que ces deux longs-métrages partagent la même immobilité spatiale. A la fois fascinante et éprouvante, la répétition de rituels du quotidien, à la monotonie moribonde, plonge le spectateur dans une stase effroyable, un état renforcée par une mise en scène radicalement épurée et contemplative. Le Cheval de Turin se compose de très peu de plans, essentiellement tournés à la steadicam et sans aucune coupure temporelle de l’action, le moindre acte – s’habiller, prendre de l’eau au puits, manger – étant restitué dans sa « réalité temporelle » pour citer le cinéaste.



Les tâches du quotidien ne cèdent place qu’à l’attente mortifère, auprès d’une fenêtre offrant un spectacle sur une nature désolée, un arbre pétrifié, surplombant une colline qui obstrue tout horizon, toute échappatoire. Dans l’inlassable répétition des motifs, le cinéaste hongrois développe l’espace, embrasse toute la gestuelle de ses acteurs – magnifiques –, car bien que les journées s’avèrent identiques, à quelques changements mineurs près, nourrissant la décrépitude, les perspectives sont toujours différentes, la caméra offre toujours un regard nouveau sur l’habituel. Une symphonie funeste et lancinante, comme un hurlement de douleur échappé des tréfonds de l’âme, accompagne et alimente cette lente et singulière agonie, unique alternative aux bourrasques d’un vent si délétère que l’on finit par accepter le confinement entre les pierres, le renoncement ultime qui associe fin du monde et fin de carrière. Cinéaste majeur et hors norme, Béla Tarr tire sa révérence dans une coda à l’affliction si maîtrisée qu’elle impose le respect. Un film terrassant, âpre, prégnant et redoutable.



Film français, suisse, hongrois, allemand

RéalisateursBéla Tarr, Ágnes Hranitzky

AvecJános Derzsi, Erika Bók, Mihály Kormos

Titre original : A Torinói Ló
Scénario de : Béla Tarr, László Krasznahorkai
Durée : 146 min
GenreDrame

Date de sortie : 2011

Bonde annonce

References:

À voir aussi:
Bela Tarr

mercredi 22 janvier 2014

Libre Zingarina




Après Exils avec son univers road-movie ou les deux personnages principaux quittent la France pour l'Algérie, à la découverte de leurs racines, de leurs origines et surtout d'eux-mêmes, Tony Gatlif nous surprend avec un chef d'œuvre mélancolique, sombre, poétique et musical, là, c'est au cœur de la Roumanie. TranSylvania, un voyage féerique et émouvant dans lequel on est emmenés et transportés par la musique Tsigane, un voyage qui ne plaira pas à tout le monde, (et surtout pas à ceux qui cherchent à voir du Kusturica chez Gatlif).
Barnum alcoolisé, assiettes brisées et routes interminables, TranSylvania, un film qui, le bon œil sur la main, crie toute la vie qu'il a en ses profondeurs avec authenticité et amertume.
Zingarina (Asia Argento), une jeune femme tourmentée, taciturne, dont le visage triste dégage une forte mélancolie, une femme qui cherche à oublier qui elle est pour comprendre enfin qui est-elle, elle part avec son amie Marie (Amira Casar) en Transylvanie pour retrouver l'homme qu'elle aime, Milan, un musicien clandestin qu'elle a rencontré en France et qui as êtes expulsé.



C'est à la grande fête d'Hérode, cérémonie surréaliste païenne, que Zingarina retrouve l'homme qu'elle aime. Dans la folie, dans le bruit, dans la musique, dans l'ivresse de la fête, elle apprend qu'elle est seule au monde, encore une fois sans amour, maintenant sans repère et sans aucun espoir. En effet, Milan est parti volontairement et ne veut plus la revoir. C'est une autre recherche qui prend alors le relais, Tony Gatlif suit le parcours d'une femme qui doit se reconstruire et qui ne peut pas sombrer car elle porte un enfant. Elle se sépare de son amie Marie, du poids du passé et d'elle-même pour renaître plus loin avec un autre homme, Tchangalo (Birol Unel), un personnage énigmatique, un homme seul, libre, sans frontières, sans maison, sans point d'attache. Asia Argento habite littéralement le personnage de Zingarina et lui offre toutes les nuances d'une femme tour à tour déprimée, angoissée, détruite, puis combattive et apaisée, pour mieux la comprendre, il faut la suivre jusque dans sa subjectivité, ce sont par exemple les voix des autres personnages qui s'estompent, faisant le vide autour d'elle, c'est aussi une scène dans laquelle elle court dans la forêt en poussant des cris déchirants. Plus rien d'autre n'existe alors que sa douleur inimaginable. L'évolution du personnage est passionnante, les différents états qu'elle traverse n'ont même pas besoin de mots, le visage d'Asia Argento qui s'ouvre, sombre et s'éclaire au fil du récit parle de lui-même.
         


Contrairement aux films précédents de Gatlif: TranSylvania n'a pas vraiment de cohérence, il raconte une histoire qui ne se raconte pas verbalement. À mon point de vue, c'est comme une visite de musée consacré à l'amour en tenue civile du désespoir, sur fond d'un paysage inexorablement tragique, une succession de peintures qui résume la violence des sentiments, la violence de l'existence, la beauté de la Femme, la beauté de l'excès, la beauté de la mélancolie, TranSylvania part du thème de la douleur pour ensuite parler de la renaissance, de cette lumière qui arrive dans les vies.

Un magnifique film d'une puissance et d'une esthétique singulières, d'un réalisme surprenant, sombre, glaciale, poignant, sensible, étrangement poétique. J'étais émerveillé de bout en bout. Elle me restera toujours en mémoire la très belle image finale, les 2 dernières minutes qui font toute la beauté de ce chef d'œuvre.

À voir et à revoir.


Tony Gatlif - Libre Zingarina
TranSylvania OST

À voir aussi:
Tony gatlif



dimanche 12 janvier 2014

Orchestration de la mélancolie

La mélancolie a-t-elle un air ? Assurément non. Néanmoins, elle est une musique avec ses hauts et ses bas, ses silences et ses soupirs. Tantôt amie, elle inspire, réconforte ou soulage. Tantôt ennemie, elle désespère et bloque net le flux et reflux des idées. Telle une orchestration, l'artiste compose avec différents événements qui font partie intégrante du cheminement de la vie. D'un drame familial au chagrin d'amour, en passant par le deuil ou la nostalgie de temps révolus, elle s'impose, parfois brutale, parfois subtile et imperceptible. Sournoise, elle monte crescendo jusqu'à la détresse la plus absolue. Mais aussi, elle peut être un état d'âme vibrant à la mélodie d'un moment heureux, d'une rencontre, de la complicité de regards croisés. D'une intuition à l'espoir tenace, de la joie de vivre à la confiance en l'avenir.
La mélancolie est tout cela à la fois. Une véritable muse malicieuse ou docile, elle se joue ou se lie à la force créatrice de l'artiste. Tout individu en a sa propre expérience et l’appréhende selon sa perception, son vécu... comme le chante Léo Ferré.


À écouter aussi, du même artiste:

samedi 11 janvier 2014

Les Trois chambres de la mélancolie : La guerre, en trois temps



Les Trois chambres de la mélancolie, de Pirjo Honkasalo, est un film documentaire bouleversant sur les ravages causés par la guerre de Tchétchénie et sur les enfants touchés par ses atrocités.

Aslan, 11 ans, agressé sexuellement par des soldats russes, retrouvé dans une boîte de carton.
Popov, 11 ans, devenu orphelin à la suite de l’incendie de sa maison.
Adam, 12 ans, dont la garde a été retirée à sa mère après que cette dernière eut tenté de le jeter du balcon…
Et ils sont nombreux encore, ces enfants qui n’en sont plus depuis longtemps, et dont les visages en gros plan, remplis de lucidité mélancolique, imprègnent la pellicule de la cinéaste finlandaise Pirjo Honkasalo.



La mélancolie est le partage de tous les hommes de génie et c'est quand la forme est la meilleure amie du fond. Ou comment transformer un sujet a priori des plus austères en objet de cinéma passionnant ? Comment arriver à retranscrire des émotions aussi subtiles par le simple mode de l'ellipse et le refus des commentaires tannants ? Tant de questions qui taraudent à la vision de ce documentaire d'une humanité déchirante, tourné en équipe très réduite, dont les images précieuses glacent le sang. Fragmenté comme son titre l'indique en trois chambres ("Nostalgie", "Respiration", "Souvenir"), le film donne à voir le conflit tchétchène du point de vue d'enfants meurtris et désenchantés. Alors qu'on craint au préalable l'exposé pesamment didactique et le passage en revue de tous les écueils du genre (complaisance, hystérie générale, dramatisation à outrance.....), il n'en est rien. L'ensemble ne devient cohérent qu'à la fin des trois parties. Prises séparément, elles révèlent chacune d'immenses qualités mais tout l'intérêt réside dans l'interaction née entre les segments. Cela donne lieu à des réactions et des contrastes éminemment surprenants. La première partie s'intéresse à des enfants orphelins qu'on forme pour devenir des petits soldats et de la future chair à canon. La seconde, en noir et blanc, sans doute la plus poignante, bascule de l'autre côté du miroir, en plein dans le chaos d'une capitale tchétchène en ruines (l'utilisation judicieuse du noir et blanc renforce la dimension cauchemardesque). La dernière et troisième partie, plus métaphorique, teintée d'onirisme, avec ses chevaux blancs qui tremblent au son des déflagrations, renforce une tonalité sciemment absurde où des Tchétchènes, à la frontière de l'Ingouchie, dansent sous les bombardements. Le procédé paraît simple, il est exploité avec une intelligence rare  Ceux qui ont déjà vu "Le mur" de Yilmaz Guney, savent combien les regards perdus d'enfants peuvent hanter une vie de cinéphile.



"C'est Mozart qu'on assassine" ou tout le mal que l'on fait à l'enfance. Ce titre d'un roman de G.Cesbron m'est revenu en mémoire à la vision de ce film bouleversant. Je me prends à évoquer aussi "l'enfance nue" de Maurice Pialat en voyant ces images belles et tristes du désespoir de ces regards d'enfants confrontés au chaos du monde et de leur vie. Mais rien de misérabiliste dans ce film d'une beauté incroyable : on ne peut qu'être frappé par la force inouïe émanant de ces visages d'anges, par la capacité de résistance au désastre que détiennent -et mettent en oeuvre- tous ces enfants. La réalisatrice laisse percevoir la colère qui l'anime sans jamais faire de son film une oeuvre didactique. Une approche poétique d'une immense sensibilité qui vaut tous les plaidoyers. Unique.

References:

À voir aussi:



mercredi 8 janvier 2014

Axe de développement : L'expression extreme mélancolique dans le cinema d'auteur

Laurence Olivier dans Hamlet, 1948
de Laurence Olivier

Mes recherches autour de mot ''Mélancolie'' m'ont amené dans diverses directions : quelques notes mélancoliques, le portrait d'artistes s'inspirant de la mélancolie et le traitement de la mélancolie dans le cinéma.
Après avoir réfléchi, je choisis de m'orienter plus particulièrement vers l'expression extrême de la mélancolie, en particulier au cinéma. parce que cette approche m'inspire. 
A partir de maintenant, mes recherches vont donc se concentrer sur : mélancolie extrême et cinéma d'auteur.

samedi 4 janvier 2014

Axe de développement: la mélancolie, facteur de créativité

Mes recherches autour du mot "mélancolie" m'ont conduite dans diverses directions: d'un point de vue médical, philosophique mais aussi artistique.
Après avoir réfléchi, je choisis de m'orienter plus particulièrement vers l'aspect créatif de mon sujet car ce thème m'inspire et correspond à mes centres d'intérêt. Mon axe de développement sera donc: "la mélancolie, facteur de créativité."

Mon binôme et moi avons choisi de ne plus travailler ensemble car nous ne partageons pas la même approche du sujet et donc nous ne pouvons traiter un seul et même axe de façon cohérente. Notre base commune restera et ne fera que nous aider à asseoir les acquis auxquels chacun d'entre nous aura été le plus sensible. À nous maintenant de découvrir de nouveaux champs d'exploration qui conviendront mieux au point de vue de chacun.

Nos précédentes recherches, communes, seront libellées "Étape 1" et celles à venir, "Étape 2". En sous-catégorie: celles de mon binôme, "Naim" et les miennes, "Kenzah". Certaines de mes anciennes publications, périodiques, comme "L'aficionada mélancolique", seront maintenues car elles correspondent au thème de mon nouvel axe.

Bien à vous,
Kenzah